Autonomie psychosociale en cas d’événements traumatisants

- Bien mentalement | Prévention des accidents | Événements traumatisants

Expert Wim Vanderheijden

Responsable de la discipline Sécurité au travail

Le nombre d’accident du travail graves reste élevé

Alors que le nombre d’accidents du travail légers diminue, celui des accidents du travail graves reste élevé. En 2016, un accident du travail mortel par semaine était à déplorer. Par le biais de campagnes de sensibilisation, IDEWE prend les devants pour faire de la sécurité au travail une évidence. Selon Katrien Derison, conseillère en prévention aspects psychosociaux, « seul le réalisme nous permet d’être préparés lorsque le destin frappe à la porte ».

Aantal ernstige arbeidsongevallen blijft hoog

Si un événement traumatisant se produit au travail, par exemple un accident du travail grave ou mortel, la loi sur le bien-être oblige les employeurs à prendre des mesures afin de prévenir ou de limiter le stress post-traumatique. De nombreuses entreprises font appel à IDEWE pour bénéficier d’une assistance. « Cela ne veut toutefois pas dire que nous nous précipitons chez l’employeur dès que nous recevons un appel de crise. Nous essayons de rendre les entreprises autonomes en la matière. »

Les meilleurs experts sont les personnes qu’on connaît

meeting werkomgeving

« Dans un monde idéal, les entreprises exposées à un risque élevé d’être confrontées à des événements traumatisants seraient bien préparées au cas où le destin frappe à la porte. Toutefois, ce n’est en général qu’après que quelque chose de grave s’est passé que l’on réfléchit à sensibiliser et former les dirigeants. Nous vivons tous dans l’utopie que de tels événements n’arrivent qu’aux autres. Ce n’est malheureusement pas le cas. Si quelque chose de grave arrive, les employeurs ou les dirigeants ont souvent tendance à immédiatement mobiliser des psychologues et d’autres experts, et ce, souvent pas souci de bien faire et dans l’idée que seule la meilleure aide professionnelle possible conviendra. C’est tout à fait compréhensible. C’est après coup considéré comme une belle initiative par les travailleurs concernés, bien que ce soit superflu dans un premier temps et que cela puisse ralentir de processus d’assimilation. »

Que faut-il vraiment faire ?

« Si un employeur demande l’aide d’IDEWE à la suite d’un événement traumatisant, nous suivons un scénario dont la légitimité a été démontrée. Nous appelons l’employeur dans l’heure afin de donner des conseils concrets. Nous expliquons ainsi aux dirigeants les mesures qu’ils doivent prendre et ce qu’ils peuvent faire et dire. En d’autres termes, nous n’agissons pas à leur place, mais faisons office d’intermédiaire. Il a été prouvé scientifiquement que le processus d’assimilation est beaucoup plus efficace et rapide si les personnes sont soutenues par des gens qu’elles connaissent dans les heures qui suivent un événement traumatisant. Cette forme de reconnaissance interne est cruciale. Une aide extérieure qui arrive soudainement sur place n’est pas toujours bien accueillie. Cela ajoute de la confusion, car la gravité de la situation est accentuée.

 
“Valt er toch iets ernstigs voor? Dan hebben werkgevers of leidinggevenden vaak de neiging om meteen psychologen en anders experts te mobiliseren. Uit bezorgdheid en vanuit de gedachte dat alleen de best mogelijke hulp goed genoeg is. Dat is begrijpelijk. Achteraf wordt dat door de betrokken werknemers vaak als charmant bestempeld, ook al is het in de eerste fase overbodig en kan het verwerkingsproces erdoor vertraagd worden."

Être présent pour les victimes

« Dans les heures qui suivent, les victimes ou les collègues qui ont assisté à l’événement sont désemparés. Leur corps et leur esprit sont passés en mode survie. Cela peut s’exprimer sous la forme de l’incrédulité ou de la colère. À ce moment-là, parler de ce qui s’est passé n’est pas forcément la meilleure chose à faire, certainement pas s’il s’agit de parler à quelqu’un que l’on ne connaît pas. Il est alors surtout important que les responsables soient présents et qu’ils répondent aux demandes de base des personnes concernées. Souvent, il ne s’agit de rien de plus que donner un verre d’eau, avoir un geste de soutien ou prêter une oreille attentive. Dans une première phase, de tels signaux ont beaucoup plus d’impact qu’envoyer un psychologue sur place. L’absence des dirigeants peut par la suite susciter des questions et de la colère. »

Une présence sincère et humaine constitue-t-elle donc dans une premier temps le meilleur médicament pour prévenir un traumatisme ?

« Il n’est question d’un risque de traumatisme que si les personnes éprouvent encore des difficultés trois mois après l’incident. Un choc ne doit pas nécessairement engendrer un traumatisme. Bien que le choc des attentats du 11 septembre 2001 ait été énorme, relativement peu de personnes ayant subi un traumatisme psychique ont été signalées, précisément parce que les victimes ont eu beaucoup de reconnaissance et d’informations après la catastrophe. C’est ce dont les gens ont besoin dans un premier temps afin de pouvoir assimiler un événement traumatisant de manière saine. »

“Het is wetenschappelijk bewezen dat het verwerkingsproces veel efficiënter en sneller verloopt als mensen in de uren na een schokkende gebeurtenis door bekenden worden bijgestaan. Deze vorm van interne erkenning is cruciaal. Een vreemde hulpverlener die plots op het toneel verschijnt, wordt eerder vreemd bekeken. Het leidt ook tot extra verwarring omdat het de ernst van de situatie accentueert."

La psychoéducation en guise de suivi

Après avoir apporté une première assistance par téléphone, le conseiller en prévention aspects psychosociaux d’IDEWE se rend sur le lieu de travail trois jours après l’incident ou, dans les cas les plus dramatiques, après l’enterrement d’une victime.

« À partir de ce moment, nous avons la possibilité de faire de la psychoéducation », explique Katrien Derison. « Dans ce cadre, nous expliquons aux personnes qui en ont besoin l’impact qu’un événement traumatisant a eu sur leur corps et leur esprit. C’est un peu comme lorsque, après une intervention médicale, vous souhaitez savoir comment se déroulera la revalidation, quelles douleurs vous éprouverez et quels obstacles vous devrez surmonter. Nous essayons de leur faire comprendre que les symptômes physiques et psychiques qu’ils présentent à la suite d’un événement traumatisant, comme avoir des difficultés à dormir, sont des réactions normales à un événement anormal. Il est important qu’ils s’en rendent compte et qu’ils se laissent le temps de revenir à une situation normale. Cette prise en charge se fait de préférence en groupe. De cette manière, les personnes qui ont vécu la même chose se soutiennent mutuellement. De plus, le fait d’entendre les histoires de chacun a un effet normalisant, et ce partage en groupe installe un sentiment de bienveillance. »

« Nous nous concentrons sur l’assimilation de l’événement »

« Nous proposons de planifier encore deux séances après cette discussion en groupe. La première séance serait organisée un mois plus tard, afin d’évaluer si les réactions normales à l’événement anormal ont diminué, et la deuxième séance aurait lieu deux mois après. Au moment de cette dernière séance, les personnes concernées maîtrisent de nouveau leurs émotions liées à l’événement et sont en mesure de fonctionner normalement. Si nécessaire, nous donnons des conseils aux personnes concernées afin de mettre le processus d’assimilation sur la bonne voie. Dans de rares cas, il est utile de prévoir un accompagnement individuel supplémentaire ou d’adresser le travailleur à un spécialiste. »

« Contrairement au conseiller en prévention sécurité au travail, notre préoccupation première n’est pas de tirer des leçons de l’accident. Nous nous concentrons sur l’assimilation de l’événement. Se noyer dans la culpabilité et la colère est compréhensible dans un premier temps, mais n’est généralement pas bénéfique au processus d’assimilation à long terme. Nos collègues conseillers en prévention sécurité au travail veillent quant à eux à réduire le risque qu’un événement similaire se produise. »

Une attention pour l’employeur aussi

« Dans le cadre de ce suivi, nous consacrons également une grande attention à l’employeur ou au dirigeant. Ceux-ci éprouvent souvent de la culpabilité, même si aucune faute ou négligence ne peut leur être imputée. Les sentiments de culpabilité indiquent simplement que la personne qui les éprouve a le sens de l’éthique. Par ailleurs, nous constatons souvent que, après un grave incident, ces personnes s’activent sans cesse, par souci pour leurs collaborateurs et sans que personne ne prête attention à l’impact que la situation a sur eux. »

« Sachant cela, le fait de bien se préparer est loin d’être superflu pour les entreprises qui doivent gérer des risques élevés. Cette préparation est également une manière de vous sentir moins impuissant. Si, en tant qu’employeur ou que collègue, vous pensez que vous pouvez faire quelque chose pour une victime ou ses proches, cela aura un effet positif sur votre propre processus d’assimilation également. »