Fil d'Ariane
IDEWE et le Belgian Cancer Registry lancent la base de données BOCCA
Un cancer diagnostiqué chez 3 % des 775 277 travailleurs vus chez IDEWE. Charge liée au cancer par secteur : sur l’ensemble des travailleurs du secteur des soins atteints d’un cancer, 46 % sont atteints d’un cancer du sein, pour le secteur de la construction, on fait état de 22 % de cancers de la prostate et 12 % de cancers du poumon. Conseil d’IDEWE : garder le contact avec le travailleur pendant son absence et faire intervenir immédiatement le médecin du travail.
IDEWE, l’un des plus grands services externes de prévention et de protection au travail en Belgique, et le Belgian Cancer Registry (BCR) ont lancé la base de données BOCCA (Belgian Occupational Cancer Cohort Analysis), qui relie les données de santé au travail d’IDEWE et les enregistrements de cas de cancer du BCR. En combinant ces informations avec les données fiables et détaillées du BCR, on obtient une base de données puissante qui permet aux chercheurs d’étudier à grande échelle la relation indirecte possible entre les risques professionnels et le développement du cancer en Belgique.
Parmi les 775 277 travailleurs venus passer des examens médicaux chez IDEWE entre 1992 et 2020, 20 161 ont reçu un diagnostic de cancer au cours de leur carrière, soit environ 3 %. Les cancers les plus fréquents étaient : le cancer du sein (5 %), le cancer de la prostate (3 %), le cancer de la peau (7 %), le cancer du poumon (2 %) et le cancer du côlon (3 %). Ces cinq cancers représentent 66 % de l’ensemble des diagnostics de cancer.
Charge liée au cancer par secteur
« Bien qu’il n’y ait pas de lien de causalité direct entre l’emploi/le secteur et le type de cancer, nous constatons une présence plus importante de certaines formes de la maladie en fonction du secteur », explique le Dr Hilde De Raeve, conseillère en prévention-médecin du travail chez IDEWE. « Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte à cet égard, comme les expositions liées au travail, mais aussi l’âge et le sexe. »
Le secteur des soins de santé est le plus touché par le cancer du sein : sur l’ensemble des travailleurs ayant reçu un diagnostic de cancer, 46 % des diagnostics concernaient un cancer du sein. « Principalement parce qu’il s’agit d’un secteur qui emploie majoritairement des femmes. En outre, ce cancer — tout comme les quatre autres formes de cancer mentionnées ci-dessus — se développe à un plus jeune âge, c’est-à-dire pendant la carrière professionnelle active, il faut également en tenir compte. » Il en va de même dans les secteurs de l’enseignement et des autorités.
En revanche, le secteur de la construction, dont la population de travailleurs est essentiellement masculine, est fortement touché par le cancer de la prostate (22 % de tous les travailleurs diagnostiqués ont été atteints de ce cancer) et le cancer du poumon (12 %). « Ce pourcentage peut probablement s’expliquer en partie par le taux de tabagisme important dans ce secteur », complète le Dr De Raeve. Parmi tous les secteurs, c’est celui qui comptait le plus grand nombre de fumeurs (42 %). « Il faut également tenir compte de l’exposition potentielle aux gaz (d’échappement) et aux poussières pouvant être inhalés. » Les secteurs des transports et de l’industrie, dont la population des travailleurs est majoritairement masculine, sont également comparables au secteur de la construction : les cancers de la prostate, du poumon et du côlon y sont les plus fréquents.
Maintien du contact avec le travailleur pendant son absence
« Les expositions liées au travail qui ont un impact sur le développement d’un cancer ne sont pas encore aussi claires et directement mesurables pour tous les secteurs », poursuit le Dr De Raeve. « Nous voulons toutefois souligner la nécessité de prendre conscience qu’il existe des secteurs où la charge liée au cancer est plus élevée. C’est pourquoi nous encourageons le dépistage précoce du cancer, l’adoption de modes de vie sains et la limitation de l’exposition aux agents cancérigènes sur le lieu de travail. Pour les employeurs et les travailleurs, quel que soit le secteur, nous recommandons de rester en contact, et ce, du diagnostic du cancer jusqu’à la reprise éventuelle du travail. Un tabou persiste encore à ce sujet, et moins il y a de contacts, plus il est difficile de le briser lorsque la réintégration se profile. Dès lors, assurez-vous en tant qu’employeur d’adopter une politique de présence au travail avec des accords clairs sur la fréquence de ces contacts, peu importe la maladie. Informez également votre équipe du déroulement de la reprise du travail, pour vous permettre de conclure des accords clairs à ce sujet. Vous trouverez plus d’informations (en néerlandais) pour l’élaboration d’un plan de réintégration sur le site Web de Kom op tegen Kanker. »
Rôle du médecin du travail
« De nombreux patients oublient que le médecin du travail a un rôle important à jouer », avance encore le Dr De Raeve. « Vous pouvez vous rendre chez votre médecin du travail pour évaluer quel travail adapté est possible, ce que vous devez évoquer avec votre employeur, quelles mesures d’accompagnement vous pouvez solliciter, etc. Sachez également qu’il existe aujourd’hui un canal de communication au travers duquel le médecin traitant, le médecin-conseil et le médecin du travail peuvent, avec l’autorisation du travailleur, échanger directement des informations, ce qui peut garantir un processus d’accompagnement plus fluide dès le diagnostic. »